Pétrole vs PIB : l’œuf ou la poule ? Mieux comprendre les scénarios de l’Agence internationale de l’énergie

La Chaire Énergie & Prospérité a publié un papier de Michel Lepetit, Vice-président du Shift, intitulé : Méthodologie d’analyse des scénarios utilisés pour l’évaluation des risques liés au climat par une approche paradigmatique PIB-Pétrole. Application aux scénarios ESSO (1973) et Agence Internationale de l’Energie (2016).

Quelques conclusions sont reproduites ici, et nous mettons à la disposition des lecteurs l’étude entière. Ce travail s’inscrit dans le chantier global de l’histoire économique de l’énergie. Son ambition est double. D’une part de contribuer à l’éclairage du rôle essentiel de l’énergie dans la croissance économique. D’autre part de mettre l’histoire en général, et l’histoire économique en particulier, au cœur des  réflexions sur la transition énergétique à venir. Pour contacter l’auteur : michel.lepetit@theshiftproject.org

The Shift Project travaille également sur le lien entre l’énergie en volume et le PIB. Zeynep Kahraman (TSP) a publié avec Gaël Giraud (Chaire Énergie & Prospérité) un papier sur la question :  “How Dependent is Growth from Primary Energy ? Output Energy Elasticity in 50 Countries (1970-2011)”.

Le rôle du pétrole depuis son essor éclaire notre futur énergétique

En travaillant sur le rôle du pétrole depuis son essor, cette étude propose un paradigme pour comprendre les liens entre pétrole et PIB dans les scénarios prospectifs en débat en 2018. Elle permet aussi de mettre en évidence la période cruciale que fut celle des deux chocs pétroliers dans les année 1970, pour un très grand nombre de pays développés.

La méthode paradigmatique proposée repose sur une analyse originale des scénarios en général, et ici de ceux de l’AIE en particulier, sur une base historique longue, en se focalisant sur deux paramètres :

  • Le PIB Mondial. Le PIB est l’indicateur emblématique de la croissance économique, objet de nombreuses controverses, mais jamais remplacé ;
  • La production de pétrole brut. Le pétrole peut être considéré comme la plus efficace et la plus pratique des énergies primaires. La consommation de pétrole brut – et la réduction de cette consommation – sont en conséquence au cœur de la transition énergétique. On comprend bien les défis à venir en considérant son usage intense, quasi monopolistique, dans le secteur des transports : plus de 95% de l’énergie utilisée dans les transports est issue du pétrole brut. Le pétrole brut est par ailleurs, par son prix cette fois, un indicateur largement et régulièrement suivi par toutes les institutions économiques internationales. Le pétrole est historiquement au cœur de la création de l’AIE en 1974.

Le lien très fort entre pétrole brut et économie réelle met en lumière les faiblesses des scénarios de l’AIE

  1. Les séries de données historiques mettent en évidence le lien très fort entre pétrole brut et économie réelle au cours de la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale ; après les deux crises pétrolières des années 1970, cette forte relation entre le pétrole  (en volume) et la croissance économique (PIB) mondiale devient plus complexe, mais le couplage est resté fort jusqu’à nos jours.
  2. Les scénarios de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ne tiennent pas compte de cette complexité -alors qu’elles sont des références obligées dans le domaine des scénarios de transition énergétique utilisés pour l’analyse des risques liés au climat.
  3. Par ailleurs, on peut voir que d’autres scénarios d’experts de l’énergie conçus dans un passé proche ont été trop optimistes dans leurs prévisions. Et ceci même à la veille d’une crise aussi énorme que la crise pétrolière mondiale de 1973.
  4. L’étude propose une approche macroéconomique paradigmatique de ces scénarios basés sur les données pétrole et PIB. Celle-ci qui met en évidence certaines faiblesses structurelles des scénarios de l’AIE.

Bonus – Quand les travaux du Shift inspirent un youtubeur

Le youtubeur Gilles Mitteau, diplômé de l’ESC Rennes, a lancé sa chaîne Heu?reka en 2015. Après plusieurs années dans le milieu bancaire, il souhaite partager ses connaissances et combattre les préjugés sur l’économie et la finance. Il s’inspire ici notamment des travaux de Gaël Giraud (CNRS) et de Zeynep Kahraman (The Shift Project).