Ambition

The Shift Project est un think tank qui oeuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone. Association loi 1901 reconnue d’intérêt général et guidée par l’exigence de la rigueur scientifique, notre mission est d’éclairer et influencer le débat sur la transition énergétique, en France et en Europe.

Contexte

La fin d’un modèle

Fondée depuis deux siècles sur l’utilisation croissante de ressources historiquement considérées comme infinies (ce qui se retrouve dans les bases de l’économie classique), notre économie bute désormais de manière répétée sur les limites physiques de la planète. Jusqu’à maintenant, nous avons bénéficié d’une énergie – essentiellement carbonée – de plus en plus abondante et de moins en moins chère en termes réels, ayant permis une productivité sans cesse croissante du travail humain. La dépendance profonde du PIB à l’énergie en général et au pétrole en particulier se retrouve de manière flagrante dans l’examen des tendances sur le pétrole et le PIB depuis 1965.

 

En bleu : variation de la production physique de pétrole depuis 1966.
En orange : variation du PIB par personne en moyenne monale.
Sources : World Bank (PIB) et BP (production de pétrole)

La double contrainte énergie-climat vient remettre en question les fondements même de nos sociétés industrielles car elle implique la dé-corrélation entre le sentiment de prospérité et le niveau des flux physiques. La réduction de la dépendance de nos activités aux flux de matières et d’énergie devient une nécessité stratégique, financière, écologique et sociale.

Ce bouleversement profond, à l’origine de l’un des plus grands défis du siècle, mérite de rassembler le maximum d’énergie, de volonté et d’intelligence, afin de préparer cette transition le plus tôt possible et d’en révéler toutes les opportunités. Il faut anticiper et non subir, l’inaction nous promettant malheureusement drames et souffrances plus sûrement qu’efforts évités.

The Shift Project s’inscrit dans cette vision, avec une volonté affirmée non seulement de comprendre ces défis, mais surtout d’aider à les relever. Il est une force de proposition contribuant à faire partager les solutions, développer des outils, identifier les ruptures nécessaires et baliser les chemins d’accès à de nouveaux modèles de développement.

La question du carbone

La notion de carbone fait référence à deux réalités : 80% de l’énergie consommée dans le monde est constituée de combustibles fossiles (83,7% en moyenne de 1960 à 2017), et le CO2 constitue l’essentiel de nos émissions de gaz à effet de serre. Nous sommes dès lors confrontés à une double contrainte : en amont, une contrainte de stock sur l’énergie, et en aval, une contrainte sur le produit de la combustion à cause de la perturbation engendrée sur le climat.

La limitation du stock va nous confronter à un pic puis un déclin de la production des énergies fossiles, mais cette contrainte géologique ne doit pas être la seule incitation à l’action. L’enjeu climatique implique qu’il est essentiel que le pic de production survienne plus tôt que ce qui serait imposé par la seule géologie, surtout pour le charbon. Cela risque fort d’impacter de manière inédite le premier facteur de production de nos économies.

La contrainte énergétique

Les mathématiques permettent de dire que pour toute ressource dont le stock extractible est donné une fois pour toutes, l’extraction annuelle de cette ressource part de zéro, passe par un maximum, puis décroît avec le temps. Cette conclusion ne s’applique pas qu’au pétrole : c’est également vrai pour les autres combustibles fossiles et tous les minerais (par exemple il est fort possible que les minerais d’or et d’argent aient déjà dépassé leur pic de production). Pour le pétrole (1/3 de l’énergie mondiale), les experts les plus proches du sujet situent ce maximum – appelé pic – entre 2010 et 2020, et pour le gaz (1/5 de l’énergie mondiale) autour de 2025. La forme du maximum (un pic marqué ou un long plateau) et la vitesse du déclin après le maximum font l’objet de nombreux débats d’experts. Pour le charbon, les datent varient de 2030 à 2100.

Compte tenu de l’importance de l’énergie dans l’économie et donc la société, les implications de la survenue de ces pics sont majeures, et la nécessité de les anticiper plus indispensable que jamais. Pourtant, l’essentiel des décideurs économiques et politiques ne semble toujours pas mesurer l’importance du sujet.

Le changement climatique

Afin de s’assurer que le réchauffement climatique ne dépasse pas les limites considérées comme gérables pour une humanité sédentaire de 8 à 10 milliards d’individus (soit 2 °C d’augmentation par rapport au niveau préindustriel), il faut stabiliser la concentration atmosphérique en CO2 à environ 400 ppm (soit la concentration actuellement atteinte) et qu’elle ne dépasse jamais 450 ppm. Pour cela, il faut amorcer la baisse des émissions mondiales de gaz à effet de serre au plus vite, avant de diviser ces émissions par 2 à 3 (selon que l’on compare à 1990 ou à 2010) d’ici 2050.

En pratique, cela revient à n’extraire que le pétrole et le gaz déjà découverts, à limiter au plus vite l’usage du charbon aux installations munies de dispositifs de capture et de stockage, et même à ne plus rien émettre du tout après 2050. Suite à l’accord de Copenhague en 2009, la plupart des grands états se sont engagés sur les objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, puis tous lors de l’Accord de Paris en 2015.

Mais quand il s’agit de passer aux actions concrètes, le compte n’y est toujours pas. Les acteurs publics et privés véritablement engagés dans la voie de la décarbonation restent en nombre trop faible pour constituer un réel levier de changement.

Trajectoires d’émission compatibles avec une hausse de température limitée à 2°C
[Budget carbone : GIEC; INDC : Accord de Paris]

La création de The Shift Project

Fenêtre d’opportunité

The Shift Project a été créé au début de l’année 2010. A la fin des années 2000, la crise financière dont l’Europe avait ouvert un espace de liberté sur les scénarios de rupture. Les gouvernements ont été capables de mobiliser plusieurs milliers de milliards de dollars (de 15% à 25% du PIB mondial selon les sources) pour sauver le monde bancaire et financier en difficulté, qu’ils estimaient indispensable à leur économie.

La planète – à l’origine de toutes les ressources qui font « tourner la machine » –  étant encore plus indispensable à l’économie, il devient désormais acceptable d’envisager des scénarios de rupture d’une ampleur au moins équivalente à ce qui a été fait pour la finance mondiale. Les crises à répétition ont créé le sentiment diffus que les vieilles recettes fonctionnent de moins en moins bien, et cela crée une opportunité majeure pour proposer des plans différents.

Positionnement du Shift

The Shift Project se veut le promoteur d’une économie soutenable, qui ne soit ni anticapitaliste par principe, ni en porte-à-faux avec les constats scientifiques. Bien que nous en ayons certaines caractéristiques, nous ne nous définissons pas comme un organisme scientifique ou une ONG environnementale « classique ». Nous n’agissons pas non plus comme les représentants d’une filière professionnelle particulière.

  • Les organismes scientifiques, qui représentent le monde académique, ont pour rôle de préciser les contours du problème à résoudre, mais leur mandat n’est pas – malgré une confusion souvent faite – de proposer une solution au problème qu’ils ont mis en évidence (ce qui fera par contre partie des activités de The Shift Project).
  • Les organisations non gouvernementales environnementales (ONGE), historiquement les premières à avoir porté des débats dans le grand public, sont le plus souvent actives sur des secteurs particuliers (les phytosanitaires, le nucléaire, les transports, etc), mais étudient rarement des changements systémiques qui supposent une vue globale des arbitrages possibles, notamment économiques. En outre, la conformité avec la science n’est pas toujours leur règle absolue, ce qui les rend alors moins influentes auprès de certaines catégories de décideurs.
  • Certaines organisations professionnelles qui défendent des filières particulières sont capables d’être à la fois en bon accord avec les constats scientifiques et dans le domaine de la proposition économique constructive. Mais ce n’est pas toujours le cas, et de façon générale elles sont rarement le promoteur d’une vue globale sur la réorientation de l’économie.

En particulier, elles conservent souvent l’habitude de penser que les indicateurs économiques classiques sont prééminents par rapport aux approches physiques – ce qui n’est pas le point de vue du Shift. De ce fait, elles sont parfois tentées de nier les constats qui débouchent sur des conclusions contraignantes pour les activités qu’elles représentent.

Enfin un dernier point est à noter : historiquement, les milieux s’occupant de changement climatique et ceux s’occupant d’énergie se sont plus souvent opposés que réunis. Une approche couplée des deux problèmes – qui est celle du Shift – est très récente et encore loin d’être complète.

The Shift Project a l’ambition d’emprunter le meilleur de chaque catégorie d’acteur pour proposer des vues globales et constructives dans la progression vers une économie post-carbone, et qui ne supposent pas de changer préalablement la nature humaine pour pouvoir s’appliquer.