« Pétrole : quels risques pour les approvisionnements de l’Europe ? »

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The Shift Project publie ce jeudi 27 mai 2021 une étude approfondie sur les risques pesant sur l’approvisionnement futur en pétrole de l’Union européenne (UE). Ce travail répond à une consultation du ministère des Armées. Il vise à documenter davantage la menace que constitue l’approche de l’inéluctable « pic pétrolier », et ses risques spécifiques pour les pays de l’UE, qui figurent parmi les premiers importateurs mondiaux de brut.

Replay du webinaire de présentation du rapport (Jeudi 27 mai)

A propos de la publication

Élaborée par des experts de très haut niveau, l’étude du Shift Project analyse les perspectives de production future des 16 principaux pays fournisseurs actuels de l’UE, aux horizons 2030 et 2050.

Parmi ces 16 pays (tous extérieurs à l’UE) figurent la plupart des plus grands producteurs mondiaux de pétrole. Par ordre d’importance actuelle pour l’UE : Russie, Irak, Arabie Saoudite, Norvège, Kazakhstan, Nigeria, Libye, Azerbaïdjan, Iran, Royaume-Uni, États-Unis, Mexique, Algérie, Angola, Koweït et Égypte.

Ce rapport s’appuie sur une analyse critique de la base de données pétrolières de la société norvégienne Rystad Energy, laquelle figure parmi les sources de référence au sein de l’industrie des hydrocarbures.

L’auteur principal de l’étude est Olivier RECH, consultant, co-auteur des éditions 2007, 2008 et 2009 du World Energy Outlook de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). Les experts associés de l’étude sont :

Marc BLAIZOT, ingénieur géologue, anciennement directeur de l’exploration de Total de 2009 à 2015 (membre d’ASPO France, association française pour l’étude des pics pétroliers et gaziers) ;

Alain LEHNER, ingénieur, anciennement directeur de la division valorisation des gisements et président du comité gisement du groupe Total de 2004 à 2011.

Ce travail répond à une consultation de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées. Il approfondit une problématique explorée dans notre précédent rapport sur la question (The Shift Project, Juin 2020).

Contexte et enjeux

  • Le pétrole reste la première source d’énergie mondiale. Il fournit plus de 90 % de l’énergie nécessaire aux transports. Son utilisation à grande échelle a permis le développement économique depuis un siècle.
  • L’Union européenne importe un 10ème de la production mondiale de pétrole, soit à peu près autant que la Chine.
  • Dans le monde, 10 pays concentrent environ 80 % des réserves. La plus grande part de l’approvisionnement en pétrole brut repose ainsi sur un nombre restreint de grands producteurs.

Principaux résultats

La production pétrolière totale des principaux fournisseurs actuels de l’Union européenne risque de s’établir dans le courant de la décennie 2030 à un niveau inférieur de 10 à 20 % à celui atteint en 2019. Faute de réserves suffisantes pour compenser le déclin de la production existante, ce risque existe y compris en prenant en compte une hypothèse haute concernant l’évolution aux Etats-Unis de la production de « pétrole de schiste » (Light tight oil, LTO).

Parmi les 16 pays étudiés :

  • tous les pays présentent un déclin tendanciel des découvertes, depuis une date plus ou moins récente selon le cas ;
  • 14 pays présentent un déclin ou un niveau de la production inférieur au maximum observé dans le passé ;
  • le taux de déplétion du total des découvertes cumulées à ce jour des 16 pays est proche de 70 % ;
  • le délai entre découverte et mise en production est croissant dans tous les pays étudiés, sans exception ;
  • la taille des champs découverts et mis en production tend à décroître au fil du temps, le corollaire étant que le nombre de champs en exploitation est en hausse, continue et parfois forte, dans tous les pays étudiés.

Hors LTO aux Etats-Unis, les perspectives de production agrégée de pétrole brut des 16 principaux pays fournisseurs conduisent à envisager :

  • une baisse tendancielle de l’ordre de 12 % en 2030 par rapport au niveau atteint en 2019 ;
  • un déclin potentiellement plus sévère avant 2030, si les contraintes opérationnelles et économiques de développement de champs de taille de plus en en plus réduite s’avèrent supérieures à ce qui est estimé et retenu dans le cadre du diagnostic de cette étude.

A partir de la décennie 2030, aucun potentiel de développement (champs découverts à ce jour ou potentiel d’exploration) ne paraît à même d’enrayer le déclin de la production agrégée de brut, qui devrait présenter un caractère irréversible, hors LTO aux Etats-Unis.

L’analyse des principaux facteurs d’incertitudes relatifs à la production de LTO aux Etats-Unis conduit à retenir deux estimations de trajectoire, haute et basse, reflétant chacune un potentiel de croissance plus faible qu’au cours de la décennie 2010, puis un déclin attendu durant la décennie 2030.

La Chine, l’Inde et d’autres pays à fort potentiel de croissance se trouvent en concurrence pour leurs approvisionnements en brut avec les pays développés, dont la demande de brut demeure massive. L’augmentation de la consommation domestique de bon nombre de pays exportateurs tend en outre à réduire graduellement leur capacité d’exportation, exacerbant ainsi le risque de contraintes s’exerçant sur les pays importateurs nets.


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