Stratégies de résilience des territoires

Le premier projet d’ampleur du Shift Project consacré aux territoires, pour la conception et la mise en œuvre de stratégies de résilience de territoire dans un contexte de transition post carbone 

Au lendemain de la publication du sixième rapport du GIEC, les sujets du changement climatique et de ses conséquences n’ont jamais été aussi prégnants. Le consensus est aujourd’hui général pour désigner les émissions de quantités toujours croissantes de gaz à effet de serre (GES) comme responsable du réchauffement climatique. L’écrasante majorité de ces GES est le fait de la combustion d’hydrocarbures, y compris en France où ils représentent près de 70% de notre énergie finale, signe de la nécessité de transformer en profondeur le fonctionnement de notre société. C’est le sens du Plan de Transformation de l’Economie Française en faveur du climat et de la résilience (PTEF) dont les travaux ont été inaugurés par The Shift Project au printemps 2020. La décarbonation de notre système de production et de notre consommation d’énergie transformera profondément l’appareil industriel et nos modes de vie fondés sur l’abondance d’énergie fossile. Cette dépendance aux énergies fossiles est telle qu’il ne sera pas possible de la substituer entièrement par de l’énergie décarbonnée. Tous les scénarios de neutralité carbone misent sur la sobriété énergétique, c’est à dire une forte réduction de notre consommation globale d’énergie.

La transition post-carbone : une transformation à haut risque dans un environnement dégradé

En raison du rôle structurant joué par l’énergie dans le fonctionnement de nos sociétés, le potentiel déstabilisateur de la transition est immense. Les transformations liées à la transition devront tenir compte des particularités de chaque territoire, mais elles les refaçonneront aussi en profondeur, que ce soit en matière de mutations économiques (industrie, activités agricoles, tourisme…) et d’évolutions technologiques, d’aménagement du territoire (mobilités, habitat, urbanisme…), ou de changements en terme de gouvernance. L’ensemble des risques associés à cette restructuration profonde de nos sociétés sont regroupés sous la notion de risque de « transition ». La transition post-carbone survient dans un environnement marqué par d’importantes disparités territoriales et inégalités entre populations. Les effets des mutations du système économique et de la répartition des efforts de sobriété ont le potentiel d’accentuer ces inégalités et la fragilité des territoires et des populations les plus démunis et de provoquer ainsi de graves crises socio-économiques. Les disparités en terme de responsabilité d’émissions de gaz à effet de serre sont toutes aussi importantes, que ce soit entre territoires ou entre individus. Elles sont susceptibles de nourrir des crises politiques fondées sur le sentiment d’iniquité dans l’effort, voire un rejet de la transition par des pans entiers de la population.

Aux risques liés à la « transition » s’articulent des risques dits « physiques » liés aux conséquences actuelles et à venir du changement climatique et leur conjugaison à des risques préexistants ou concomitants  (pollutions, épuisement des ressources, érosion de la biodiversité, etc.). La nature des risques en question varie d’un territoire à l’autre, mais aucun n’en est à l’abri. Les exercices de prospective s’accordent sur l’augmentation en fréquence comme en intensité des crises liées à ces risques « physiques ». Ces perturbations menacent jusqu’aux fonctions vitales des territoires en fragilisant les infrastructures et les réseaux, ainsi que des écosystèmes entiers. Là encore de grandes inégalités se font jour entre territoires et entre populations plus ou moins frappés par ces chocs et stress chroniques, que ce soit en raison de vulnérabilités particulières ou de leur trop faible capacité d’action. La diversité des situations ne fait qu’accentuer le risque de maladaptation, c’est-à-dire d’actions qui accroissent ou déportent les risques qu’elles étaient censées réduire. Dans ce contexte, les territoires risquent de s’empêtrer dans la gestion de crise permanente et d’être dans l’impossibilité à soutenir leurs efforts pour mener la transition post-carbone. Ce qui conduirait tragiquement à l’aggravation des crises à venir.

Pour tenir le cap de la transition : la résilience territoriale

Ces risques « physiques » et de « transition » affectent directement ou indirectement tous les pans de nos activités et font craindre une transition désordonnée, voire chaotique. Pour tenter de conjurer cette menace, il faut anticiper une trajectoire de décarbonation incertaine et dangereuse en reconnaissant pleinement les risques auxquels les territoires sont confrontés. Cela implique un travail pour comprendre les vulnérabilités de chaque territoire, anticiper les crises, savoir y réagir et se transformer pour réduire ses vulnérabilités.

C’est la résilience des territoires qui est ici en jeu, autrement dit, leur capacité à absorber les perturbations en se réorganisant ou en modifiant leur structure, tout en conservant leurs fonctions essentielles, leur cohésion, leur identité et leur capacité de gouvernance. Face à la multitude des risques d’ampleur qui se font jour, seule une amélioration de la résilience des territoires peut permettre de gouverner la transition post-carbone.

Le projet « Stratégies de résilience des territoires »

Avec le projet « Stratégies de résilience des territoires », The Shift Project entend interpeller non seulement les élus, mais aussi l’ensemble des acteurs territoriaux, sur les implications structurelles de la transition post-carbone et des bouleversements environnementaux en cours sur les territoires, et fournir des éléments pour l’action permettant de bâtir des stratégies locales de résilience.

Le projet permettra d’exposer les implications, systémiques, de long terme et irréversibles, de la transition post-carbone et des bouleversements environnementaux en cours et d’illustrer les risques qu’ils font peser selon les territoires et selon les populations. La résilience des territoires sera considérée comme un horizon mobilisateur pour appréhender la complexité et la dimension holistique de ces enjeux et ainsi faciliter le renouvellement des visions et des trajectoires de développement sur les territoires. Le foisonnement actuel d’actions, d’acteurs, d’outils mobilisés en réponse aux problématiques climat-énergie fera l’objet d’un état des lieux critique. La généralisation de démarches de planification territoriale, mais aussi leur dispersion et les raisons de leur faible efficacité seront analysées. Le projet étudiera l’intérêt en terme de résilience territoriale, d’initiatives locales innovantes se réclamant de la transition, très actives sur les territoires ainsi que certains travaux de prospective et de recherche particulièrement inspirants.

A partir d’exemples concrets et des propositions de groupes de travail et de personnes mobilisées par The Shift Project, des recommandations opérationnelles – méthodologiques, institutionnelles –, seront détaillées pour bâtir des stratégies de résilience des territoires à la hauteur de l’enjeu.

Tout au long du projet, l’action et le rôle de la Région comme chef d’orchestre des initiatives de transition et d’adaptation au niveau local seront questionnés. Des recommandations spécifiques à destination des acteurs régionaux – mais aussi de l’Etat – seront formulées. Enfin, le rapport illustrera l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies de résilience pour quelques grandes fonctions essentielles (l’alimentation, l’habitat et la mobilité, la santé, l’économie et l’emploi,…) dans l’objectif de donner à voir quelques portes d’entrée opérationnelles vers la résilience de son territoire.

L’équipe du projet s’appuiera sur la contribution des bénévoles du Shift Project, les Shifters, et celle d’acteurs et actrices de la résilience des territoires, aux niveaux national et local, mobilisés individuellement et via des groupes de travail animés par The Shift Project. La publication d’un rapport intermédiaire pour des territoires plus résilients dans un contexte de transition post-carbone est prévue pour mai 2021, le rapport final pour l’automne.

Le Shift Project tient à remercier l’ADEME, AXA France, Enedis, la Banque des Territoires, SNCF et Bouygues pour leur soutien, ainsi que toutes les personnes ayant contribué à ce projet.

Consultez le rapport intermédiaire
« La stratégie de résilience des territoires pour tenir le cap de la transition écologique »

Replay – Présentation du rapport intermédiaire « La stratégie de résilience des territoires pour tenir le cap de la transition écologique » (Jeudi 6 mai)

Pour retrouver plus de contenus, rendez-vous sur la page dédiée du rapport intermédiaire. 

Contacts projet :      

Laurent Delcayrou – Chef de projet « Stratégies de résilience des territoires »
laurent.delcayrou@theshiftproject.org

Corentin Riet – Chargé de projet « Stratégies de résilience des territoires »
corentin.riet@theshiftproject.org