Stratégies de résilience des territoires

Le premier projet d’ampleur du Shift Project consacré aux territoires, pour la conception et la mise en œuvre de stratégies de résilience de territoire dans un contexte de transition post carbone 

La publication du sixième rapport du GIEC sonne une fois de plus l’alerte. Il est incontestable que les activités humaines provoquent un réchauffement généralisé et rapide de la planète. Sécheresses, canicules, tempêtes, incendies : les effets du changement climatique se font déjà sentir. En réduisant drastiquement et rapidement les émissions de gaz à effet de serre (GES), nous pouvons encore éviter un réchauffement de 2 °C, voire de 1,5 °C, par rapport à l’ère préindustrielle. Les émissions de GES continuent pourtant de battre des records, et ce, malgré la pandémie de Covid-19. L’écrasante majorité de ces GES est le fait de la combustion d’hydrocarbures, y compris en France où ils représentent plus de 60 % de notre énergie finale, signe de la nécessité de transformer en profondeur le fonctionnement de notre société. C’est le sens du Plan de Transformation de l’Economie Française en faveur du climat et de la résilience (PTEF) dont les travaux ont été lancés par The Shift Project au printemps 2020.

La décarbonation de notre système de production et de notre consommation d’énergie transformera profondément l’appareil industriel et nos modes de vie fondés sur l’abondance d’énergie fossile. Cette dépendance aux énergies fossiles est telle qu’une substitution totale par de l’énergie décarbonée est inenvisageable dans le délai imparti pour réduire nos émissions de GES. Nous devrons donc faire face à une réduction de notre consommation globale d’énergie pour parvenir à limiter les effets du changement climatique.

La transition écologique sur les territoires: une transformation à haut risque dans un environnement dégradé

En raison du rôle structurant joué par l’énergie dans le fonctionnement de nos sociétés, le potentiel déstabilisateur de la décarbonation est immense. Les transformations à opérer devront tenir compte des particularités de chaque territoire, et refaçonneront en profondeur leur économie, leur aménagement et leur gouvernance. La lutte contre le changement climatique est indissociable des enjeux de biodiversité et d’épuisement des ressources, mais aussi des importantes inégalités entre territoires et populations. Les effets des mutations du système économique et la répartition des efforts de sobriété sont susceptibles d’accentuer ces inégalités et la fragilité des territoires et populations les plus démunis, provoquant de graves crises socio-économiques. Les négliger expose les politiques de transition écologiques à l’échec. La prise en compte de ces différentes dimensions nous conduit à parler de transition écologique pour qualifier l’ensemble des transformations de notre société destinées à conjuguer respect des limites planétaires et bien-être humain (dont la décarbonation est une composante essentielle).

Le réchauffement des températures se poursuivra au moins jusqu’en 2050. Si nous pouvons encore limiter ses effets, certaines conséquences, comme l’élévation du niveau de la mer, sont irréversibles. S’y articulent des risques préexistants ou concomitants (pollutions, épuisement des ressources, érosion de la biodiversité, etc.). La nature des risques en question varie d’un territoire à l’autre, mais aucun n’est à l’abri. Dans ce contexte, les exercices de prospective s’accordent sur l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des crises. Ces perturbations menacent des écosystèmes entiers, et jusqu’aux fonctions vitales des territoires en fragilisant les infrastructures et les réseaux. Là encore, de grandes inégalités se font jour entre territoires et entre populations plus ou moins frappés par ces chocs et stress chroniques, que ce soit en raison de vulnérabilités particulières ou de leur trop faible capacité d’action. La diversité des situations ne fait qu’accentuer le risque de mal-adaptation, c’est-à-dire le risque que soient mises en place des actions qui accroissent ou déportent les risques qu’elles étaient censées réduire. Dans ce contexte, les territoires risquent de s’empêtrer dans la gestion de crise permanente et d’être dans l’impossibilité de soutenir leurs efforts pour mener la transition écologique. Ce qui conduirait tragiquement à l’aggravation des crises à venir.

Pour tenir le cap de la transition écologique: la résilience territoriale

Tous ces risques font craindre une transition écologique, désordonnée, voire chaotique. Il s’agit d’anticiper une trajectoire de transition des territoires incertaine et dangereuse en reconnaissant pleinement la diversité des risques auxquels ils sont et seront confrontés. Les territoires doivent pouvoir continuer de fonctionner et de répondre aux besoins essentiels de leur population, quels que soient les chocs majeurs auxquels ils pourront être confrontés, en s’y adaptant et en réduisant en continu les stress chroniques à leur origine. Face à une telle situation, il devient pertinent de s’intéresser à la résilience des territoires, autrement dit, à leur capacité à absorber les perturbations en se réorganisant ou en modifiant leur structure, tout en conservant leurs fonctions essentielles, leur cohésion, leur identité et leur capacité de gouvernance. L’objectif de résilience dans ce contexte de transition écologique ne peut pas être le retour à la normale, mais bien la transformation des territoires. La résilience des territoires est ici considérée comme un horizon mobilisateur pour appréhender la complexité et la dimension systémique des enjeux et ainsi faciliter le renouvellement de leurs visions et de leurs trajectoires de développement.

Un mémento illustré d’exemples et de recommandations destiné à toutes et tous

Avec ce projet, The Shift Project entend interpeller non seulement les élus, mais aussi l’ensemble des acteurs territoriaux sur les implications structurelles de la transition écologique, et leur fournir des éléments pour l’action permettant de bâtir des stratégies locales de résilience. Devant le foisonnement actuel de productions de connaissance sur la résilience des territoires ou les transitions, The Shift Project a réalisé ce mémento illustré de « la résilience des territoires » comme un parcours pédagogique autour d’une cinquantaine de messages clés organisés en 15 chapitres et trois tomes 

L’équipe du projet s’est appuyée sur les bénévoles du Shift Project, les Shifters, ainsi que sur les acteurs et actrices de la résilience des territoires, aux niveaux national et local, mobilisés individuellement ou via des groupes de travail.

Le Shift Project tient à remercier l’ADEME, AXA France, Enedis, la Banque des Territoires, SNCF, VINCI et Bouygues pour leur soutien, ainsi que toutes les personnes ayant contribué à ce projet.

Consultez le rapport final
« La stratégie de résilience des territoires pour tenir le cap de la transition écologique »

 

Replay – Présentation du rapport final « La stratégie de résilience des territoires pour tenir le cap de la transition écologique » (14 septembre 2021)

Pour retrouver plus de contenus, rendez-vous sur la page dédiée au rapport final. 

Contacts projet :      

Laurent Delcayrou – Chef de projet « Stratégies de résilience des territoires »
laurent.delcayrou@theshiftproject.org

Corentin Riet – Chargé de projet « Stratégies de résilience des territoires »
corentin.riet@theshiftproject.org