Analyse du risque climat

The Shift Project collabore depuis 2017 avec l’Afep sur l’analyse du risque « climat » et la manière de le prendre en compte dans l’évaluation des entreprises et dans la stratégie des entreprises. Une étude a été publiée en février 2018.

L’Afep est l’Association française des entreprises privées. Créée en 1982, elle réunit les grandes entreprises privées de dimension mondiale présentes en France. Basée à Paris et Bruxelles, l’Afep compte 121 entreprises membres. Les effectifs employés par ces entreprises s’élèvent à plus de 2 millions de salariés en France, 8,5 millions de personnes dans le monde. L’Association intervient depuis 2000 sur les enjeux du climat, de l’environnement et de l’énergie.

Analyse du risque climat : acteurs, méthodologie, perspectives – une étude réalisée en collaboration avec l’Afep

Principaux constats de l’étude

Le risque « climat » revêt un caractère urgent, global, systémique et irréversible, étroitement lié à l’usage des énergies fossiles, facteurs omniprésents du développement économique. Ce risque peut se décomposer en un « risque physique », induit notamment par la multiplication de phénomènes naturels hors norme, ainsi qu’en un « risque de transition », découlant de la contrainte imposée aux acteurs économiques et politiques pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

La dynamique autour de l’enjeu climatique connaît une forte accélération depuis la COP21 et la signature de l’Accord de Paris en décembre 2015. En particulier, la sphère financière exerce une
pression (bénigne à ce stade, mais sans cesse croissante) pour que les entreprises se préparent au risque « climat » et fassent évoluer en conséquence leurs stratégies ainsi que leur reporting.

Pourtant, à ce jour, nombre d’investisseurs semblent ne pas avoir une compréhension fine de l’impact potentiel du changement climatique sur la stratégie des entreprises. La maturité et la pertinence de l’approche du risque « climat », ainsi que la multiplicité des méthodes d’analyse employées, posent question, tout comme la place occupée par le reporting climat.

  1. Longtemps intégré à l’ensemble plus large de l’analyse ESG (Environnementale, Sociale et de Gouvernance), le sujet climat se singularise de plus en plus dans l’approche des acteurs de l’analyse de risque et de la notation. Cette autonomisation devrait s’accélérer, en raison de la matérialité du risque « climat », de sa capacité – fondamentale – à être quantifié, de sa dimension systémique, de la très préoccupante trajectoire actuelle des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et à cause enfin des engagements internationaux pris, qui pourraient aboutir à une très forte limitation des émissions futures de l’humanité.
  2. L’analyse des risques et des opportunités relatifs aux stratégies « bas carbone » requiert une expertise et des ressources significatives. Au-delà de la question de l’évaluation des émissions de gaz à effet de serre directes ou indirectes, les méthodologies d’analyse sont appelées à intégrer de plus en plus le caractère dynamique et prospectif des stratégies déployées. Si elle constitue à ce titre une avancée conceptuelle importante, la confrontation d’une activité à des scénarios « bas carbone » se heurte à de multiples difficultés pour converger sur la bonne façon de concevoir et de s’approprier de tels scénarios.
  3. Malgré des progrès considérables, la portée de la « notation climat » est donc encore à ce jour limitée. Le risque « climat » n’est que lentement et partiellement intégré dans les analyses et les recherches “mainstream” des grandes agences de notation financière. Quant aux agences de notation extra-financière, l’utilisation de leurs analyses se concentre sur des actifs pour lesquels il existe une demande spécifique – et encore très minoritaire – d’investisseurs finaux (obligations vertes, fonds ISR, indices bas carbone).
  4. Le secteur de la notation climat est marqué, tout comme l’ensemble du secteur ESG, par un manque de moyens qui a pour conséquences :
    • de retarder la prise en compte des risques systémiques liés au changement climatique ;
    • de brider la R&D dans ce domaine ;
    • de favoriser le simplisme ou l’automatisation de l’analyse ;
    • de générer de potentiels problèmes de gouvernance qui nuisent à la confiance entre acteurs.
  5. Il existe une tentation de mettre en oeuvre des méthodologies trop simples de qualification des portefeuilles d’investissement dans la sphère financière. Ces analyses se révèlent réductrices et statiques. Il est souhaitable que le recours à de telles approches, fragiles méthodologiquement, ne soit qu’une étape dans l’intégration effective du risque « climat » par les marchés.

Alors que l’enjeu du climat est appelé à devenir sans cesse plus central, il existe en France un consensus remarquable des sphères politiques et économiques sur la gravité du sujet, susceptible de permettre l’émergence d’une ambition nationale de long terme. Au-delà d’une production d’électricité largement décarbonée et d’une législation proactive, la France dispose de nombreux atouts pour relever le défi climatique, et devenir l’un des leaders de la future économie bas carbone en Europe et dans le monde.

Objectifs de l’étude réalisée par The Shift Project avec l’Afep

Cette étude trouve sa raison d’être d’un environnement en pleine ébullition, marqué notamment par l’accélération de la mobilisation internationale sur les enjeux climatiques. L’Accord de Paris conclu fin 2015, l’entrée en vigueur de l’article 173 de la Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) en France et les travaux de la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) initiée par le Financial Stability Board (FSB), en sont les témoins. Ces développements ont un impact croissant sur les activités des grandes entreprises françaises et leur stratégie.

Plus particulièrement, le caractère spécifique du risque « climat » est de plus en plus prégnant pour la plupart des acteurs économiques (investisseurs, régulateurs et marché), faisant du « climat » une problématique particulière, de mieux en mieux identifiée, et d’une autre dimension que celles habituellement couvertes par « l’ESG » (critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance).

Ce contexte favorise un foisonnement des méthodologies d’analyse des risques « climat » lié à la complexité du sujet et l’émergence de nouvelles normes d’évaluation des entreprises – normes jusqu’à présent largement fondées sur des indicateurs exclusivement financiers.

Dans cette perspective, l’Afep, représentant 120 grands groupes privés exerçant leur activité en France, a souhaité confier à The Shift Project la conduite d’une étude afin d’éclairer le débat sur ces sujets, et donner aux entreprises les éléments leur permettant d’avoir une lecture plus claire de la situation à laquelle elles sont confrontées en matière d’analyse des risques « climat ».

Plus particulièrement, nous nous sommes attachés à :

  • Cartographier les principales méthodes d’analyse du risque « climat » utilisables – voire utilisées – par les entreprises et les investisseurs ;
  • Produire une analyse aussi complète que possible des grands acteurs de l’évaluation du risque « climat », de leurs choix méthodologiques et des principales orientations du marché.

Les auteurs du rapport :

Romain Grandjean

Ingénieur Projet pour le think tank The Shift Project. Diplômé d’Arts & Métiers ParisTech et de l’IFP School, il a auparavant travaillé au sein d’un groupe pétrolier pendant plusieurs années.

Michel Lepetit

Vice-président du think tank The Shift Project. Polytechnicien, il est administrateur indépendant d’une compagnie d’assurance vie et d’une société d’ingénierie, et ancien cadre dirigeant dansdes groupes bancaires et financiers. Il est président de la société de conseil Global Warning, chercheur associé au Laboratoire interdisciplinaire des énergies de demain et expert de la Chaire économique Energie et Prospérité.

Laurent Morel

Laurent Morel est Administrateur du think tank The Shift Project. Diplômé de Centrale Paris, il est dirigeant d’entreprises (automobile, véhicules industriels, immobilier, financement) et a notamment été Président du directoire du groupe Klépierre (2009-2016) avant de devenir associé du cabinet de conseil Carbone 4.

Vous pouvez consulter :