Va-t-on manquer d’électricité cet hiver ?

RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité français, a publié le 09 novembre son “Analyse de l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité pour l’hiver 2011-2012

Le sous-titre est éloquent:  

“Le risque de rupture d’approvisionnement est modéré. Une situation globalement comparable à celle de l’hiver dernier.”

Pourtant, il y quelques semaines, les médias s’étaient affolés à la publication d’un article de Cap Gemini, qui avertissait: “A court terme, l’arrêt de huit réacteurs nucléaires allemands constitue par exemple une “menace réelle” de panne électrique en France lors des pics de consommation cet hiver”

http://www.liberation.fr/politiques/01012367934-y-aura-t-il-de-l-electricite-a-noel

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20111026.OBS3244/risque-reel-de-pannes-d-electricite-cet-hiver-en-france.html

Que répond en substance RTE dans son étude?

1) Qu’une intense vague de froid persistante, caractérisée par des températures entre 6 et 8°C inférieures aux normales saisonnières, induirait une augmentation importante de la consommation électrique. Les niveaux d’importation nécessaires pour répondre à cette demande pourraient atteindre 7000 MW, mais resteraient compatibles avec les capacités techniques des réseaux français et européens (9000 MW d’import en France). Le risque de rupture d’approvisionnement reste donc modéré. 

2) Que le risque le plus important se situe entre la dernière semaine de novembre et la 3e semaine de décembre, en raison de la faible disponibilité des moyens de production (arrêts techniques). En janvier, tout risque sera écarté en raison de la forte disponibilité du parc de production et la tendance sera à l’exportation. La période entre Noël et le nouvel an ne présente pas non plus de danger puisque la consommation est de toute manière structurellement plus basse à cette période.

3) Que l’arrêt des 8 groupes nucléaires allemands peut réduire la capacité d’importation de la France depuis l’Allemagne en raison des congestions induites sur le réseau allemand. Néanmoins, une étroite collaboration entre RTE, les gestionnaires de réseau allemands et l’ENTSO-E (le syndicat des gestionnaires de réseau de transport européens) devrait réduire au maximum cette limitation. L’ENTSO-E publie début décembre son “Winter Outlook Report” pour détailler la nouvelle structure de l’équilibre offre-demande européen. Tout porte à croire que si RTE ne s’alarme pas pour la situation française, l’ENTSO-E ne devrait pas s’alarmer non plus.

4) Enfin, RTE rappelle qu’il dispose de nombreux moyens pour répondre cet hiver à une situation d’urgence, qu’il mettra en oeuvre avant de risquer le Black-Out:

– Offres exceptionnelles du mécanisme d’ajustement (dont les capacités sont en hausse, notamment grâce à un appel d’offre de RTE début 2011 pour l’effacement et l’intégration des moyens de la Grande Bretagne depuis 2009 (en plus de l’Allemagne et de la Suisse)),

– Surcharge temporaire de la production de certains groupes (hydraulique et fossile),

– Baisse de la tension de 5% sur le réseau (qui induit mécaniquement une baisse de la consommation similaire),

– Délestages tournants.

 

En cas de situation d’urgence prévisible à cause de la météo, RTE peut aussi:

– Demander aux producteurs de modifier exceptionnellement leur planning de maintenance pour accroître leurs capacités de production.

– Alerter les pouvoirs publics pour lancer un appel de diminution de la consommation aux heures de pointe à l’ensemble des consommateurs.

 

Tout cela fait conclure à RTE que le risque de rupture d’approvisionnement électrique reste modéré cet hiver.

 

Adrien Maurin

 

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