Conférence – débat : Investir pour décarboner l’économie

Les énergies fossiles sont la principale cause du changement climatique. Parmi les pistes possibles conduisant à « décarboner » l’économie, figure la dépréciation des compagnies détenant des réserves de charbon, de pétrole et de gaz. Dans la perspective de la COP21 de Paris, Quattrolibri, la Revue Banque et The Shift Project ont organisé deux heures de débats afin de comprendre les enjeux de cette potentielle « bulle carbone », et discuter des options possibles.

Vendredi 13 février 2015 de 15h00 à 17h00

Lieu : Mairie du 2è arrondissement – 8 rue de la Banque 75002 Paris

 

Programme

15h – Introduction
Jacques Boutault – Maire de 2e arrondissement
Julien Dossier – Quattrolibri

15h10-16h00 – « Bulle carbone » : les énergies fossiles et le climat, risques systémiques pour la finance ?
Animé par Matthieu Auzanneau (The Shift Project) avec:

• Mark C. Lewis – Senior Analyst Sustainability Research, Kepler Cheuvreux
• Hugues Chenet – Directeur scientifique, 2° Investing Initiative
• Pascal Durand – Député EELV au Parlement européen

16h10-17h00 – Focus sur les solutions et les stratégies d’investissements
Animé par Annick Masounave (Revue Banque), avec :

• Frédéric Samama – Head of Financial Solutions US, Amundi
• Valery Lucas-Leclin – Fondateur, Grizzli RI
• Anne-Catherine Husson Traore – Directrice, Novethic

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Climat et « bulle carbone » : risque systémique pour la finance ?

Maintenir le réchauffement climatique en-deçà de 2ºC implique de ne pas dépasser le seuil de 450 ppm d’équivalent CO2 dans l’atmosphère. Ce seuil serait atteint si nous émettions un total de 1100 gigatonnes (Gt) de CO2 d’ici à 2050. Il existe donc un « budget carbone » correspondant à la quantité de CO2 que nous pouvons au maximum émettre. Compte tenu du rythme actuel d’émission de gaz à effet de serre de 55Gt par an, ce budget pourrait être épuisé dès 2035…

Conséquence : la majorité des réserves exploitables de charbon, de pétrole et de gaz, sources principales d’émission de CO2 devrait rester sous terre ! Une étude publiée en janvier par Nature (« The geographical distribution of fossil fuels unused when limiting global warming to 2 °C ») précise que 88 % des réserves actuelles de charbon, plus de la moitié des réserves de gaz et 35 % des réserves de pétrole ne doivent pas être exploitées, sous peine de dépasser notre fatidique « budget carbone ».

Les pays et entreprises qui détiennent les droits d’exploitation des réserves d’énergies fossiles sont confrontés à la possible révolution économique induite par la lutte contre le réchauffement : leurs actifs d’aujourd’hui pourraient être gelés, ou même perdre toute valeur, si l’exploitation des hydrocarbures devait être interdite ou fortement restreinte.

Pour les investisseurs, les conséquences pourraient être massives…

•    … sur la valorisation de leurs portefeuilles.
Les actifs hydrocarbures peuvent perdre leur valeur à brève échéance, notamment si les négociations climatiques aboutissent à des résultats cohérents, en conformité avec l’accord international de Cancun. Comment faire face à une aussi profonde mutation de la structure du marché financier mondial ?
•    … sur leurs stratégies d’investissement.
Si les investissements dans le secteur des hydrocarbures présentent un risque majeur, quelles sont les solutions alternatives, à la fois pour faire émerger des capacités de production d’énergie de substitution, et pour accompagner la mutation des industries dépendantes des hydrocarbures ?

Des stratégies de mutation se dessinent au sein de l’industrie.
E.ON, le géant allemand de l’énergie, vient d’annoncer la séparation de ses activités “hydrocarbures” de ses activités “renouvelables, réseaux et efficacité énergétique”. Cette séparation comptable offre une meilleure lisibilité aux investisseurs. Est-ce un modèle pour l’ensemble du secteur de l’énergie?

Pour la puissance publique, l’enjeu de la « bulle carbone » soulève des questions nouvelles : faut-il modifier la réglementation concernant les hydrocarbures ? Comment les pouvoirs publics peuvent-ils amender leurs stratégies d’investissements de long terme, pour ce qui concerne par exemple la gestion des fonds de retraite ?