Panorama de l’offre de véhicules : comparer l’impact carbone systémique des technologies de mobilité

En parallèle de nos travaux sur le « Guide pour une mobilité quotidienne bas carbone », nous avons souhaité explorer les enjeux liés aux choix technologiques et leur usage (la motorisation et son vecteur énergétique, mais aussi l’infrastructure associée, et le degré d’optimisation du véhicule) afin d’éclairer la décision publique sur cet aspect des politiques de mobilité, de manière complémentaire à l’éclairage fourni par le Guide.

Cette « Étude comparative de l’impact carbone de l’offre de véhicules »  est disponible ici en version provisoire (V1). Une version finale sera mise en ligne dans les prochains mois. L’auteur, Nicolas Raillard, sera ravi de recueillir vos retours par mail : nicolas.raillard@theshiftproject.org.

La technologie va-t-elle « sauver » le climat ?

C’est dans le domaine des transports que la question est aujourd’hui la plus pressante, et qu’elle suscite peut-être l’espoir le plus grand. La présente étude apporte des éléments de réponse à cette question, à l’aune des objectifs que la France s’est fixé, objectifs désormais entérinés par la Stratégie nationale bas carbone (SNBC).

La réponse du Shift Project : « A coup sûr, pas à elle seule ! » Et peut-être loin s’en faut, si l’on examine avec prudence les nombreux obstacles possibles – physiques, technologiques, économiques et sociétaux – qui se dessinent sur la longue route de l’émergence d’une mobilité basée sur 100 % de véhicules électriques ou bas carbone.

La même réponse préside à la démarche du « Guide pour une mobilité bas carbone », publiée simultanément par The Shift Project en février 2020[1]. La décarbonation des transports, toujours presque exclusivement tributaires du pétrole, nous semble être nécessairement une composition de solutions à la fois politiques et techniques. En un mot : systémiques.

Quels choix face au foisonnement des discours dithyrambiques au sujet les « technologies alternatives » ?

L’apparition de nombreux véhicules électriques (et plus généralement bas carbone) est une opportunité majeure pour réussir la sortie des énergies fossiles – sortie à la fois nécessaire et inexorable. Cette opportunité est particulièrement puissante pour la France, qui bénéficie d’une électricité faiblement carbonée, et pour l’Europe, grâce au durcissement de la réglementation sur les émissions des véhicules qu’impose l’Union européenne.

Notre étude comparative fait ici le point sur cette opportunité technique, en se focalisant sur les véhicules neufs les plus vendus en 2018. Le prisme principal : l’impact carbone d’une personne se déplaçant dans l’Hexagone, en fonction du véhicule qu’elle utilise.

La réflexion sur la technologie de motorisation (et plus largement du véhicule) ne peut se départir de la question des usages et des infrastructures

Les chiffres publiés ici doivent être utilisés avec précautions (voir section II.C. de l’étude) : nous mettons en avant des fourchettes et des moyennes, qui dépendent du contexte d’utilisation de chaque véhicule. Le taux d’occupation, en particulier, est un paramètre décisif : un bus, même électrique, ne fait guère « avancer le schmilblick » s’il est à trois-quarts vide.

Telle est la dimension systémique de la question posée. On ne saurait trop inviter les responsables des politiques de transport à s’attarder sur cette dimension, afin d’en mesurer les implications.

Politiques technologiques de sortie des énergies fossiles : des incertitudes qui invitent à la prudence et à la réflexion

Cette étude explore par ailleurs les opportunités et les obstacles auxquels doivent être confrontés les objectifs de la France en matière de mobilité électrique.

Le rythme élevé de pénétration de la voiture électrique sur lequel repose largement le succès de la SNBC dans son volet transport constitue une hypothèse hardie. L’essor plausible, mais encore incertain, de la « désirabilité » de la voiture électrique pourrait ne pas advenir, si jamais les constructeurs et les pouvoirs publics se révélaient incapables de la nourrir et de l’accompagner. L’apparition de possibles chausse-trappes techniques doit être considérée avec sérieux. Par exemple : un vaste déploiement de la mobilité électrique, non seulement en France, mais partout dans le monde, réclame une croissance colossale, peut-être ici ou là impraticable, des extractions d’un certain nombre de minerais critiques (néodyme, cobalt, lithium, cuivre…), etc.

Le Shift Project préconise une approche prudente et documentée des politiques technologiques de sortie des énergies fossiles. Dans le domaine des transports, nous estimons que le chemin le plus sûr passe par la coordination de transformations majeures :

  • d’une part des pratiques d’achat et d’usage des véhicules (la voiture de demain sera peut-être électrique, mais s’il s’agit d’un SUV occupé par une seule personne, à quoi bon ?) ;
  • d’autre part des politiques de transport et d’urbanisme.

Garder l’esprit (et les possibilités) ouvert(e) !

La voiture de demain, au moins pour les déplacements du quotidien, pourrait aussi bien être un vélo, un vélo-cargo électrique, un bus et un train. Ce serait bien sûr (très) bon pour la planète. Mais ce serait également bon pour les fins de mois, en permettant à chacun d’économiser des centaines d’euros par an sur son budget de déplacement[2]. Une telle politique est largement à la portée de la France, d’autant que les investissements nécessaires sont bien inférieurs à ceux allouésau réseau autoroutier, ou au développement des lignes de trains à grande vitesse.

L’approche systémique (la technique, les pratiques, les infrastructures et la réglementation vues comme des outils d’égale importance, et qui doivent être coordonnés) réclame avant tout cohérence et audace. Les nouveaux véhicules bas carbone peuvent être un précieux outil au service de cette approche. Mais ils ne sauraient en aucun cas être une panacée…

 

[1] « Guide pour une mobilité bas carbone », février 2020, https://theshiftproject.org/guide-de-la-mobilite-quotidienne-bas-carbone/

[2] Résumé aux décideurs, « Décarboner la mobilité dans les zones de moyenne densité », septembre 2017, https://theshiftproject.org/article/publication-du-rapport-decarboner-la-mobilite-dans-les-zones-de-moyenne-densite-cest-possible/