GIEC : les mesures de réduction des GES sont à notre portée… pour le moment

Changement Climatique 2014 : Atténuation du Changement ClimatiqueLe dernier rapport du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) a été rendu public dimanche 13 avril 2014. Il s’agit du rapport de son Groupe de Travail III (GTIII), qui adresse le problème de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il est intitulé : « Changements Climatiques 2014 : Atténuation du Changement Climatique ».

Le message central est le suivant : les émissions de gaz à effet de serre (GES) s’accélèrent malgré les efforts de réduction. Les coûts de réduction des émissions et les coûts des dégâts dus aux changements climatiques augmentent avec le temps. Il faut donc massivement et rapidement limiter les émissions de GES et il existe de nombreux moyens de le faire.

 

Une analyse coûts-bénéfices des mesures

Le 3ème volet du cinquième Rapport d’Evaluation (AR5) du GIEC étudie les conditions économiques, techniques et institutionnelles nécessaires à la mise en place de mesures d’atténuation et à leurs effets. Il s’intéresse aussi aux aspects éthiques et sociétaux du sujet, à la perception des risques et aux bénéfices collatéraux de la lutte contre le changement climatique.

Berlin, Avril 2014, Groupe de Travail III

Il montre que si les gouvernements ont l’intention de respecter l’objectif de +2° qu’ils se sont fixé, ils ont 35 pour ans réduire de 40 à 70% les émissions de GES mondiales par rapport à 2010. Pour être certain d’y arriver, il faudrait même faire appel à des mesures d’extraction du CO2 de l’atmosphère.

Le rapport appelle aussi à une coopération internationale accrue et à la mise en place d’une structure institutionnelle efficace, défis qu’il faudra relever pour remplir les objectifs visés en matière d’atténuation.

 

Dissocier les émissions de GES de la croissance du PIB et des populations

Co-président du GTIII, M. Ottmar Edenhorfer (Allemagne) explique que les mesures de réduction des émissions de CO2 requièrent des investissements importants. Afin de limiter les coûts, il faut engager une course contre la montre et diversifier les moyens mis en œuvre.

De même, il faut aborder le problème des émissions par deux angles : la décarbonation de la production d’électricité et l’augmentation de l’efficacité énergétique. En d’autres mots, une production électrique sans énergies fossiles et une réduction de la demande en énergie dans tous les secteurs. En plus de cela, le GIEC se prononce en faveur de techniques de stockage du CO2 utilisées de longue date (biomasse) et – avec plus de précautions – en faveur de techniques plus incertaines (capture et enfouissement en profondeur).

Source : GIEC GTIII

Changements dans les flux mondiaux annuels d’investissements à partir du niveau de 2010 et jusqu’en 2029 pour les scénarios d’atténuation permettant de stabiliser les concentrations de CO2 dans l’atmosphère à 430–530 ppm pour 2100. Source : GIEC GTIII

Selon M. Youba Sokona (Mali), aussi co-président du GTIII, il est essentiel de « dissocier les émissions de gaz à effet de serre de la croissance des économies et des populations ». Des mesures dans ce sens contribuent à un développement durable « en donnant accès à l’énergie et en réduisant la pollution locale de l’air ».

Pour diminuer la dépendance du PIB aux énergies fossiles, plusieurs pistes existantes sont analysées : systèmes d’échanges de quotas (s’ils sont assez contraignants), taxes sur les carburants (type TIPP) ou encore réduction des subventions aux énergies fossiles.

 

« Réduire la consommation d’énergie nous donnerait plus de souplesse »

Selon le rapport, supprimer totalement les émissions imputables à la production d’électricité est une condition nécessaire à la majorité des scénarios d’atténuation – surtout ceux maintenant la température moyenne globale aux environs de 2° – mais il est également important de miser sur l’efficacité énergétique.

En effet, « la réduction de la consommation d’énergie nous donnerait plus de souplesse quant au choix de techniques énergétiques à faible intensité », précise M. Ramón Pichs-Madruga (Cuba), autre co-président du GTIII. C’est pourquoi le GIEC « s’intéresse à des politiques climatiques conçues pour offrir plus d’avantages connexes et réduire les effets secondaires néfastes ».

Source : GIEC GTIII

Emissions de GES dues aux activités humaines par secteur économique en 2010. Source : GIEC GTIII

Dans le secteur de la production et de l’exploitation de l’énergie, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre. Dans les transports, le bâtiment, l’industrie, l’utilisation des sols et l’aménagement du territoire, une double approche est nécessaire : réduction de l’intensité carbone et réduction de l’intensité énergétique.