Plan de transformation de l’économie française : focus sur la culture

The Shift Project travaille sur ce secteur dans le cadre du vaste Plan de transformation de l’économie française (PTEF) initié durant le 1er confinement. En 2020, les premiers travaux sectoriels et transversaux ont donné lieu à des publications d’ensemble et à des fiches thématiques. En 2021, les travaux de recherche continuent, cette fois secteur par secteur, via la consultation et la mobilisation du plus grand nombre d’acteurs possible.

Rapport intermédiaire

Le 12 mai 2021, soit près d’un an après le lancement du vaste Plan de transformation de l’économie française (PTEF), nous publions le deuxième rapport sectoriel qui en est issu. Bien que conséquent, il est encore intermédiaire et sobrement intitulé : « Décarbonons la Culture » !

Que contient ce rapport ? Il dresse un état des lieux du secteur de la culture, et particulièrement du spectacle vivant, de l’audiovisuel, du livre et des enjeux du numérique dans la culture du point de vue des enjeux climatiques et énergétiques. Il présente les leviers de décarbonation déjà identifiés. En d’autres termes, il tente de décrire ce que doivent faire une salle de spectacle, une productrice de films ou un éditeur de livres pour être résilients face aux chocs climatiques et énergétiques.

Pourquoi un rapport « intermédiaire » ? Parce qu’il s’agit d’un document de travail soumis à la consultation du public. Il a vocation à évoluer jusqu’à la publication du rapport final fin 2021. Si vous souhaitez nous faire part de vos retours, vous pouvez également contribuer au document de travail en ligne et nous écrire à culture@theshiftproject.org.

 

Replay de la conférence de présentation du rapport intermédiaire 

Retrouvez les support de présentation et les comptes rendus des ateliers collaboratifs sur la page de publication du rapport.

Décarboner la Culture

Des arts visuels au spectacle vivant, en passant par l’audiovisuel, le livre et la presse, le patrimoine, les pratiques artistiques amateures, les festivals ou les jeux vidéos, le secteur de la culture regroupe des activités et des organisations d’une grande diversité. On y crée, produit, édite, diffuse, commercialise et conserve des œuvres et des services culturels ; on y administre des organisations.

Il n’est donc pas raisonnable d’envisager de solution unique miracle pour décarboner tout son fonctionnement et la rendre entièrement résiliente aux chocs énergétiques et climatiques. Cependant, les travaux menés ont déjà permis d’identifier des problématiques et des leviers d’action dans le spectacle vivant, l’audiovisuel et le livre. Nous avons travaillé sur le rôle transversal du numérique.

Avec plus de 635 000 personnes travaillant dans le secteur, la culture emploie 2,2 % de la population active. La moitié de ces actifs exerce une profession d’artiste ou un métier d’art, et une bonne partie sont dans des situations précaires. Cette fragilité nous intéresse particulièrement : en cas de chocs systémiques, un grand nombre de professionnel.le.s de la culture pourraient donc voir leurs emplois menacés à court terme. À l’inverse, la transition choisie et organisée vers une économie décarbonée ne comporte-t-elle pas des avantages significatifs pour l’emploi dans le secteur culturel ?

Les pratiques culturelles sont au cœur de la vie quotidienne de tous les citoyens. Elles occupent dans l’emploi du temps des Françaises et des Français 2h42 par jour en moyenne, et les ménages français y consacraient environ 4 % de leur budget global.

Climat, résilience : la Culture a un rôle important à jouer

Si le secteur de la culture peut transformer nos imaginaires, il peut aussi transformer directement le réel : la culture peut activer, dès aujourd’hui, la transition d’autres secteurs et en premier lieu celles de l’agriculture, du bâtiment, de l’énergie, de la mobilité, du numérique et des transports. Son lien étroit et majeur avec différents secteurs, dont elle dépend et qui interagissent avec elle, constitue une capacité : celle de devenir un moteur de la transition. Ce rôle lui appartient tout autant que sa propension à construire nos imaginaires. 

Parce que la problématique énergie-climat est généralement présentée au travers des secteurs de l’agriculture, des bâtiments, de l’industrie, de l’énergie et des transports, les professionnel.le.s de la culture sont victimes d’un trompe l’œil : ils et elles ont l’impression de ne pas être directement concernés. Pourtant, lorsque l’on regarde les données physiques, la culture, comme l’ensemble de nos activités, a besoin d’énergie pour s’alimenter, se chauffer, s’éclairer, se déplacer… Il y a donc des dépendances mutuelles entre le secteur culturel et de nombreuses activités qui vont devoir se transformer pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et assurer leur résilience.

La culture ne se décarbonera-t-elle pas mécaniquement, à mesure que se décarboneront les secteurs qui lui fournissent, ainsi qu’à ses usagers, des biens et des services ? L’agriculture, les bâtiments, l’industrie, l’énergie et les transports vont devoir faire leur part. Mais une bonne partie de la décarbonation de ces secteurs ne se concrétisera que si les « utilisateurs » enclenchent le mouvement, deviennent eux-mêmes prescripteurs et organisent la transformation de la demande. Mieux : plus le secteur de la culture sera décarboné, plus il pourra se développer et prendre une place importante dans nos vies.

Nous proposons quatre grands types de transformations…

  1. Les transformations dites « transparentes », qui peuvent être mises en œuvre à très court terme, sans impact sur le métier des acteurs du secteur, son organisation et son modèle économique :  baisse du contenu carbone des repas ; inscription de la mention « la connaissance des enjeux énergie-climat » dans les compétences appréciées pour toute offre d’emploi du secteur etc.
  2. Les transformations dites « positives » qui, bien qu’elles ne touchent pas au cœur d’activité des acteurs de la culture, comportent de nombreux co-bénéfices et effets d’entraînement, notamment pour l’emploi et la transition dans d’autres secteurs de la transition : alimentation biologique, locale et de saison ; rénovation des bâtiments ; recours aux ressourceries ; report de l’avion vers le train, de la voiture individuelle vers les transports en commun etc.
  3. Les transformations dites « offensives » visent à réorganiser le secteur en fonction des contraintes énergétiques et climatiques : mutualisation systématique des dates de tournées d’artistes internationaux entre plusieurs lieux culturels d’un même territoire, augmentation de la part d’artistes locaux dans les programmations des établissements culturels etc.
  4. Les transformations dites « défensives » encouragent le renoncement aux opportunités les plus carbonées telles que les clauses d’exclusivité territoriale, la diffusion en UHD, 4K et 8K, la VR, le développement du cloud-gaming etc. afin d’éviter l’émergence de nouvelles sources d’émissions de gaz à effet de serre.

…et six dynamiques de mise en oeuvre

Cette liste de transformations, et les mesures qui vont avec, devra être mise en œuvre et accompagnée par des politiques publiques nationales et territoriales ambitieuses et une formation systématique aux enjeux climat-énergie

Nous proposons de mettre l’accent sur six dynamiques de mise en œuvre :

  1. La relocalisation des activités recouvre le besoin d’inscrire la culture au cœur des territoires et d’en faire un moteur pour la transition locale au travers de tous ses besoins : achats, alimentation, bâtiments, énergie, mobilité et transports. 
  2. Le ralentissement est le corollaire du raccourcissement des distances parcourues, et peut être bénéfique à la création. Si une résidence d’artiste à l’étranger garde tout son intérêt en termes d’échanges interculturels, allonger sa durée pour en réduire le nombre représente un gain d’un point de vue environnemental, et peut en représenter un pour la qualité de création. 
  3. La réduction des échelles, car la quête de puissance, motrice du développement culturel de ces dernières décennies a conduit à une événementialisation de la culture et à une croissance permanente des jauges, des dispositifs techniques et du transport de matériel et de personnes. Cette “course à l’armement” doit cesser : place à la désescalade.
  4. L’éco-conception des œuvres, c’est-à-dire la prise en compte de l’impact global d’une création, de sa conception à sa diffusion en passant par sa production.
  5. L’intégration des enjeux de mobilité non seulement des œuvres et des artistes, mais également des publics.
  6. Le renoncement, car pour imaginer une culture résiliente, il faudra renoncer à certaines pratiques déjà en cours et à certaines opportunités technologiques carbonées qui s’annoncent pour le secteur. 

Informer et éclairer tous les acteurs

Notre espoir est de pouvoir éclairer les réflexions et les actions de tous les acteurs de la culture pour qu’ils tiennent compte des enjeux énergie-climat. Et singulièrement celles et ceux amenés à orienter aujourd’hui et demain le fonctionnement du secteur : artistes, élues et élus, dirigeantes et dirigeants d’entités de la culture, professionnels particulièrement concernés par les transformations. Il s’agit, plus largement, d’informer tous les citoyens intéressés.

Ce travail s’est nourri et doit continuer à se nourrir des contributions de tous les acteurs concernés et intéressés par la question de l’avenir de la culture et prêts à apporter leur pierre à l’édifice.

Comment contribuer au PTEF ?

En vue d’alimenter le travail sectoriel et de nourrir le débat public français, Les Shifters (l’association des bénévoles du Shift) mènent entre octobre 2020 et l’été 2021 une grande consultation sous le nom de code de « Big Review ». Pour participer, pas besoin d’être un expert, c’est votre avis de citoyen qui compte ! Si vous voulez participer, quatre moyens de vous impliquer :

  • Donnez votre avis en répondant au questionnaire en ligne et en encourageant votre entourage à le faire : http://www.bit.ly/3k9rKju
  • Participez à un atelier de discussion en vous inscrivant à l’une des prochaines sessions : https://www.weezevent.com/bigreview 
  • Devenez-vous aussi Shifter et organisez un atelier de discussion pour mobiliser votre entourage : https://bit.ly/2FAxZhh
  • Suivez le Shift Project et les Shifters sur les réseaux sociaux et partagez les informations relatives au PTEF et à la Big Review.

Notre objectif est de recueillir au moins 10 000 réponses au questionnaire et d’organiser 1 000 discussions sur l’ensemble du territoire, alors nous avons besoin de vous pour construire collectivement ce nouveau projet de société !

Précédentes publications

Fin 2020, le Shift a pu consolider une Vision globale_v1 du PTEF grâce aux nombreux retours engrangés depuis la publication de la Vision globale_v0 le 16 juillet 2020. Cette consolidation a donné lieu à la publication de fiches de synthèse de 2 pages et à la publications de fiches sectorielles approfondies.

Nous vous proposons ici de découvrir les compilation de ces fiches. 

Fiche de synthèse
Culture
Avancement du PTEF à octobre 2020

Fiche sectorielle longue
Culture
Avancement du PTEF à fin 2020

  • Les fiches présentées traitent d’un sujet parmi une vingtaine, qui sont intriqués les uns aux autres. Ensemble, ces fiches reflètent l’état d’avancement de notre travail de définition d’une vision cohérente, multisectorielle, d’une économie transformée.
  • Cette vision globale reste à parfaire (encore), à débattre (toujours), et à compléter (bien sûr !) par des propositions de mesures opérationnelles avant de devenir un plan (un vrai ?) à proprement parler.
  • Cette vision globale de la transformation sert ainsi de point de départ pour mobiliser les acteurs sectoriels et territoriaux concernés. Le but de cette mobilisation : recueillir leurs avis, faire avancer les réflexions sur la décarbonation et la résilience dans leurs domaines respectifs, et ce faisant élaborer, secteur par secteur, des mesures plus concrètes permettant de déclencher la transformation dans les bons ordres de grandeur.
  • Les fiches reflètent la maturité du débat dans les différents secteurs :
    • pour certains secteurs, comme ceux des services, l’heure est encore à la bonne compréhension du niveau actuel d’émissions de gaz à effet de serre (GES) ;
    • pour d’autres secteurs, elle est à la bonne compréhension de l’efficacité des différents leviers qui peuvent être actionnés (fret, mobilité longue distance, industrie…) ;
    • pour les secteurs les plus matures, l’heure est à la définition des modalités de mise en œuvre des leviers apparus comme les plus efficaces (mobilité quotidienne, numérique, logement…).

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Secteurs et chantiers du PTEF