Plan de transformation de l’économie française : focus sur l’agriculture et l’alimentation

The Shift Project a mis en chantier un Plan de transformation de nos activités essentielles (se nourrir, se loger, se déplacer, se soigner, travailler, comprendre, échanger), afin de les rendre saines et robustes pour les temps de crise économique et écologique dans lesquelles nous sommes entrés depuis quelques temps. Parmi la quinzaine de secteurs traités, celui de la mobilité quotidienne.

La crise est une occasion unique de mettre la résilience et le climat au cœur de la relance, et c’est l’objectif que se fixe le Shift par ce projet audacieux de planification de la transition. Sa force et son succès reposeront sur le poids que nous parviendrons à donner à ces propositions afin qu’elles trouvent un public large et puisse atteindre les décideurs économiques et politiques.

Et quel meilleur vecteur qu’un plan de transformation cohérent, multisectoriel, centré sur l’emploi et les modes de vie, s’adressant aux citoyen.ne.s et aux professionnel.le.s de tous les secteurs, leur permettant d’entrevoir ce que pourrait être la transition pour eux et leur métier ?

État des lieux du secteur de l’agriculture et de l’alimentation

Le système alimentaire regroupe les activités qui nous permettent de produire, transformer, distribuer et consommer notre nourriture. L’alimentation représente un quart de l’empreinte carbone française, deux tiers correspondant aux émissions directes de l’agriculture.

Le système alimentaire dominant se caractérise par une division horizontale et verticale du travail marquée. Les territoires sont spécialisés dans certaines productions, et dépendent parfois d’autres continents pour leurs approvisionnements (par exemple pour l’alimentation animale). Les exploitations agricoles sont intégrées dans des chaînes de production complexes : elles constituent les débouchés des entreprises de l’agro-fourniture (semences, engrais, pesticides, équipements) et produisent la matière première pour l’industrie agroalimentaire et la grande distribution. La valeur créée est majoritairement captée par les acteurs ayant bénéficié d’une forte concentration économique et industrielle. Les prix payés à l’achat par les consommateurs ont également connu une diminution historique, tandis que les prix payés aux agriculteurs ne couvrent plus les coûts de production dans la plupart des cas (la moitié des exploitations aurait un résultat négatif hors subvention).

Ce système agro-industriel est peu diversifié, intensif en intrants et fortement consommateur de ressources (énergies fossiles, minerais, eau douce). Il est la première cause du déclin de la biodiversité en France et de la destruction des écosystèmes ailleurs sur la planète. La profession agricole est en recul continu.

Côté consommation, l’assiette moyenne en France se caractérise par une présence importante de produits animaux (environ deux tiers de la consommation de protéines totales) et de produits ultra-transformés souvent riches en sucres et en graisses. Près de la moitié des adultes sont en surpoids, 15 % sont obèses, et l’aide alimentaire institutionnalisée concerne cinq millions de personnes. Les achats alimentaires se font en grandes surfaces pour les deux tiers (en valeur), et à 90 % en voiture.

Pour décarboner le système alimentaire et le rendre plus résilient, nous explorerons trois axes principaux : relocaliser les filières, massifier les pratiques agroécologiques, multiplier le nombre d’actifs agricoles.

Les grands axes d’évolution que notre plan explorera

1) Construire des systèmes alimentaires territoriaux

A l’échelle d’un bassin de vie, la grande majorité de la production agricole est exportée tandis que la quasi-totalité de la nourriture consommée est importée. Une situation qui résulte de la spécialisation des territoires, de la concentration des outils de transformation et de la mondialisation des marchés. Tout cela repose sur une énergie abondante et bon marché, et se trouve donc remis en question par la raréfaction prochaine des ressources fossiles. En lien avec d’autres secteurs comme l’industrie, le fret, le commerce, ou la gestion des déchets, nous explorerons les mesures permettant de relocaliser les filières alimentaires.

En particulier, nous nous intéresserons au rôle que peuvent jouer les collectivités (régions, départements, intercommunalités) pour coordonner la construction de systèmes alimentaires territoriaux résilients. Nous étudierons les moyens financiers et le cadre réglementaire nécessaires pour aller en ce sens. Nous prendrons en compte l’ensemble des éléments du système alimentaire et en particulier les activités en amont et en aval de la production agricole. Nous évaluerons les conséquences économiques d’une relocalisation des filières en termes d’emploi et de réorganisation d’activité pour les entreprises du secteur. Nous expliciterons également les compromis qui devront potentiellement être faits entre, d’une part, la spécialisation et la productivité et, d’autre part, l’autonomie et la résilience.

2) Changer profondément les systèmes agricoles et les assiettes

Le système de production agro-industriel et le régime alimentaire dominants dépendent de ressources minérales et fossiles, et de surfaces limitées. Ils sont très vulnérables face aux évolutions du climat ou de la biosphère et participent largement à leur dégradation. Il est urgent d’engager une transition massive vers des pratiques agricoles qui répondent à ces problématiques. L’agroécologie, qui vise à la promotion de systèmes alimentaires soutenables, doit devenir la nouvelle norme. De nombreuses initiatives existent déjà en matière d’évolution des pratiques, mais elles restent très insuffisantes au regard des enjeux et se heurtent souvent à des obstacles économiques.

La production de produits animaux, à l’origine de plus de 80 % des émissions de gaz à effet de serre de l’alimentation et utilisant plus de 80 % des terres agricoles, doit fortement réduire en volume et gagner en qualité. Cette évolution doit s’accompagner d’une diminution de la consommation de produits animaux par la population.

Nous préciserons en quoi les principes de l’agroécologie constituent une réponse appropriée aux enjeux soulevés et quelles sont les pratiques et les voies de recherche et d’expérimentation à encourager. Nous examinerons comment certains outils comme les prix garantis, les quotas de production ou les paiements pour services environnementaux étant – ou ayant déjà été – utilisés dans le cadre de la Politique Agricole Commune pourraient être mobilisés à l’échelle nationale sans modification du cadre européen. Nous étudierons l’impact de ces mesures sur le budget alimentaire des ménages et les moyens de garantir un accès équitable à une alimentation suffisante et diversifiée. Nous porterons une attention particulière à évaluer les conséquences d’un développement massif de l’agroécologie sur la production agricole totale, la sécurité alimentaire, l’emploi, et l’utilisation des terres. Nous prendrons soin de nous interroger sur les façons dont les coûts associés à ces changements pourront être pris en charge par la société.

3) Multiplier par trois le nombre d’actifs agricoles en une génération

Les 820 000 agriculteurs d’aujourd’hui représentent un actif sur trente. Ils étaient un sur six en 1970. En France, une vingtaine de fermes disparaissent chaque jour et la population agricole devrait encore diminuer d’un quart d’ici 2030. La transition vers des systèmes alimentaires territoriaux résilients passe par des fermes plus nombreuses et plus diversifiées. Les pratiques agro-écologiques demandent quant à elles davantage de travail par unité de surface. La diminution du nombre d’agriculteurs doit donc impérativement être stoppée et inversée.

L’un des principaux freins à l’installation de nouveaux agriculteurs est le coût considérable que représente la reprise d’une ferme conventionnelle. Deux tiers des installations se font en effet aujourd’hui hors cadre familial. Nous envisagerons des mesures visant une multiplication par trois du nombre d’agriculteurs en trente ans. Nous évaluerons en particulier l’impact d’une généralisation de la préemption foncière par les SAFER (Sociétés d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural) sous délégation de l’État, pour permettre la restructuration des fermes et l’accès aux outils de production pour les porteurs de projet. Nous détaillerons également des mesures ayant pour but la revalorisation sociale des savoirs et des professions agricoles, et la formation des futurs agriculteurs. Nous nous intéresserons aux conséquences d’une augmentation des actifs agricoles sur la formation des prix alimentaires et sur l’occupation du territoire.

Les autres axes sectoriels

Ces 15 axes sectoriels* seront a priori explorés dans le cadre du plan. Ils seront étudiés en interdépendance les uns avec les autres, en phase avec notre approche globale, systémique et cohérente du point de vue des lois de la physique et de la technique. Pour en savoir plus sur la manière dont nous comptons traiter ces secteurs, cliquez sur les secteurs et rendez-vous sur la page correspondante. 

  • SECTEURS « AVAL »
    1. Mobilité du quotidien 
    2. Mobilité longue distance 
    3. Fret 
    4. Logement individuel et collectif
    5. Santé 
    6. Enseignement supérieur et recherche
    7. Usages numériques 
    8. Culture 
    9. Défense et sécurité intérieure 
    10. Administration publique

  • SECTEURS « AMONT »
    11. Industrie lourde, manufacturière, recyclage et déchets 
    12. Industrie automobile
    13. Agriculture et alimentation 
    14. Forêt et bois 
    15. Énergie 

  • *Nous n’avons pas été exhaustifs dans le choix des secteurs. Certains, comme les bâtiments tertiaires, sont traités de manière transversale, à travers les secteurs qui les utilisent, tels que l’administration publique, la santé, la culture et à travers les leviers de l’épargne et de l’urbanisme. D’autres, comme le sport, le commerce, la distribution, le tourisme et les loisirs, l’éducation nationale, la diplomatie, le conseil, les assurances, l’action sociale, la pêche ou le textile, ne sont pas abordés ici, par simple nécessité de prioriser dans l’urgence les secteurs sur lesquels le Shift pouvait déjà compter sur une expertise et une réflexion préalable.

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Contact

Ce travail est piloté par Félix Lallemand (The Shift Project / cofondateur de LGA – Les Greniers d’Abondance) avec André- Jean Guérin (The Shift Project) : felix.lallemand@theshiftproject.org

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Photo de couverture : © MarcelC / iStock

Mise en page : Quentin Piq

 

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