Mobiliser l’enseignement supérieur pour la transition énergétique : publication du rapport intermédiaire

The Shift Project publie son rapport intermédiaire sur l’enseignement des enjeux climatiques et énergétiques dans le supérieur. Fruit du « projet ClimatSup », piloté par l’équipe du Shift avec le soutien de membres du Comité des Experts du Shift, ce rapport intermédiaire est désormais soumis à consultation (vous pouvez transmettre commentaires et propositions par retour de mail à climatsup@theshiftproject.org). Le rapport final sera publié à la fin de l’année 2018, après les Ateliers collaboratifs du 20 novembre 2018.

Comment les enjeux climat-énergie sont-ils enseignés dans le supérieur ? Pourquoi les enseigner ? Le défi historique de la transition énergétique exige une nation informée de ses enjeux et formée pour y répondre. Or, les enjeux climatiques sont encore peu présents dans la formation des Français. Partant de ce constant, The Shift Project propose un état des lieux de la manière dont les sujets liés au changement climatique sont abordés dans l’enseignement supérieur.

Une large consultation pour lancer le débat

Ce rapport intermédiaire est le fruit de plus de 100 entretiens avec différentes parties prenantes de l’enseignement supérieur. Sa version finale sera enrichie d’entretiens supplémentaires, et de chiffres issus d’un recensement de formations sur 36 établissements du supérieur. Il vise à susciter une réflexion multipartite pour améliorer la prise en compte des enjeux liés à la transition énergétique dans l’enseignement supérieur. Il s’agit de faire du climat « le sujet de tous ».

La demande est forte chez les étudiants, et le besoin de compétences vital

La transition nécessite des compétences et une bonne connaissance des enjeux climat-énergie, et pas seulement dans les secteurs techniques de la transition. L’ensemble de la société doit être formé à ces enjeux, et pas uniquement les individus qui seront amenés à exercer des métiers dits « verts » : il est par exemple indispensable que les futurs décideurs économiques et politiques soient formés à ces enjeux, afin que leurs décisions futures soient en adéquation avec les objectifs de transition. En conséquence, l’ensemble des champs de la connaissance est concerné par cette transition : sciences naturelles, sciences industrielles et technologiques, mais aussi sciences humaines (géographie, histoire, économie, sociologie, droit), jusqu’aux arts et à la communication. Toute activité humaine demeure aujourd’hui de près ou de loin tributaire des énergies fossiles, et un pays ne peut mener une telle transition sans se doter des moyens humains nécessaires.

Un intérêt important existe chez les étudiants pour comprendre les enjeux environnementaux auxquels ils seront confrontés. De plus, si les Français sont conscients et inquiets de la réalité du changement climatique, ils identifient souvent mal les causes du phénomène et les solutions permettant d’y répondre, et en particulier les jeunes.

L’offre existante dans le supérieur est limitée

Les enjeux énergétiques et climatiques restent l’apanage des formations spécialisées. Bien qu’ils soient de plus en plus présents dans les formations dites « généralistes », l’importance accordée à ces enjeux semble le plus souvent secondaire, les enseignements sont généralement optionnels et peu valorisés dans les maquettes pédagogiques. Pourtant, il y a en France un vivier important d’enseignants volontaires pour se saisir des enjeux climat-énergie si l’occasion leur en est donnée et si des ressources sont mises à leur disposition.

Le contenu des cours existants apparaît très hétérogène, et l’utilisation de notions vagues comme « développement durable » apparaît problématique, car elle peut conduire à une absence de hiérarchisation entre les sujets et à des cours manquant de cohérence. Les formations spécialisées abordent souvent les sujets liés à la transition énergétique sous un angle purement technique. Le sujet est parfois perçu comme « trop politique » dans les formations d’ingénieurs, ce qui peut conduire à une absence dommageable de mise en perspective des enjeux. A contrario, dans d’autres formations, le sujet est perçu comme « trop technique » pour être abordé par certaines disciplines.

Affirmer le rôle du supérieur dans la transition

Il serait surprenant que le système de l’enseignement supérieur, de par sa construction historique, soit adapté aux enjeux du changement climatique et aux profonds changements nécessaires pour y faire face. En effet, tout ce qui le constitue – ses établissements, ses institutions, son organisation, les habitudes de fonctionnement et la culture qui lui sont propres – a émergé dans un contexte dont l’urgence climatique ne faisait pas partie.

Alors que la problématique énergie-climat est un enjeu transversal et interdisciplinaire, le milieu de l’enseignement supérieur est cloisonné par disciplines. Pour cette raison notamment, la transition n’est a priori « le sujet de personne » au sein de l’enseignement supérieur, et demeure orphelin. La rigidité des sections disciplinaires au sein du monde académique (enseignement et recherche), que de nombreux programmes de recherche transdisciplinaires visent aujourd’hui à dépasser en partie, semble ainsi encore aujourd’hui constituer l’un frein au changement.

Les pistes d’évolution sont nombreuses…

L’action des enseignants et des directions volontaires gagnerait à être davantage reconnue, soutenue et encouragée. Toujours plus nombreux à se saisir de l’enjeu, ceux-ci arrivent, malgré les obstacles, à peu à peu faire évoluer certaines formations.

Le soutien des directions d’établissement constitue une condition sine qua non pour pérenniser les initiatives novatrices. Or, malgré quelques pionniers et de nombreuses personnalités engagées, les directions semblent aujourd’hui ne pas trouver un intérêt stratégique suffisamment fort à positionner leur établissement sur la transition, ce qui cantonne le sujet à des formations spécialisées ou, dans des modules optionnels et peu valorisés dans les maquettes pédagogiques des formations généralistes. De plus, les directions d’établissements volontaires sont parfois démunies face à l’ampleur de la problématique et à l’absence de portage politique du sujet.

L’expression d’une demande par les entreprises et la prise en compte du sujet par les classements d’établissements pourraient fortement encourager les établissements à développer des enseignements et des formations. En effet, la majorité des établissements sont très attentifs à leur position dans les classements nationaux et internationaux, et l’employabilité de leurs étudiants figure parmi leurs priorités.

…mais nécessitent un signal politique fort qui fait aujourd’hui défaut

Le ministère de l’Enseignement supérieur a un rôle déterminant à jouer. La nature du rôle qu’il pourrait jouer ne fait pas tout à fait consensus : il faut jongler entre le besoin d’élan politique et de soutien des acteurs et l’attachement fort au principe d’autonomie des établissements. En effet, certains acteurs ne souhaitent pas voir une implication trop forte du ministère, qui serait perçue comme de l’ingérence. Le ministère semble actuellement considérer qu’il n’est pas de sa compétence d’intervenir dans le contenu des formations, et aucune des instances publiques de l’enseignement supérieur ne s’est dotée de moyens humains dédiés aux questions de transitions. Le ministère pourrait cependant commencer à jouer un rôle d’animateur sur la prise en compte de ces enjeux. D’autres acteurs publics pourraient également jouer un rôle déterminant, comme par exemple les organismes d’accréditation et d’évaluation des établissements.

Les ministères de tutelle ont, pour certains établissements, une influence importante. Certaines formations évoluent en effet rapidement afin d’intégrer les enjeux environnementaux, lorsque les ministères de tutelle des établissements se saisissent du sujet.

La puissance publique, aujourd’hui silencieuse sur le sujet, pourrait se positionner de manière forte. Le Président de la République s’est adressé en juin 2017 au monde de la recherche en proposant d’accueillir des « réfugiés scientifiques » travaillant sur le climat et la transition. Dans cette ligne, Emmanuel Macron appellera-t-il un jour les étudiants, les enseignants, les établissements et toute la communauté du supérieur à la mobilisation en faveur de l’enseignement des enjeux climatiques et énergétiques ?

 

Consulter le rapport intermédiaire :

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour contacter l’équipe du projet : climatsup@theshiftproject.org