Bulle carbone : enjeux, solutions, stratégies d'investissement

Un accord climatique limitant le réchauffement à 2°C occasionnerait 28 000 milliards $ de pertes pour les détenteurs d’actifs dans les industries du pétrole, du gaz et du charbon. Un chiffre avancé  lors de la conférence intitulée « Investir pour décarboner l’économie » organisée par The Shift Project, Quattrolibri et la Revue Banque le 13 février 2015 à Paris.
Rappel du programme de la conférence

 
 

 Introduction                                                         Première table ronde

« La majorité des réserves fossiles affichées dans les bilans des industriels du pétrole, du charbon et du gaz naturel ne peuvent pas être brûlées, si l’on respecte l’engagement international pour limiter le réchauffement à 2°C. Or ces réserves sont valorisées par les marchés », a mis en garde Mark Lewis, analyste spécialiste de l’énergie à Kepler Cheuvreux. Depuis son invention en 2011 par l’ONG britannique Carbon Tracker, le concept de « stranded assets » (ces actifs liés aux énergies fossiles qui risquent d’être dévalués si les gouvernements agissent contre le réchauffement climatique) a gagné beaucoup de terrain, constate Valéry Lucas-Leclin, fondateur de Grizzli RI. Selon lui, en 4 ans seulement, le principe de « budget carbone », c’est-à-dire la quantité maximale d’équivalent CO2 à émettre pour rester en-deçà d’un réchauffement de 2°C est devenu une « évidence ».

Les principes de budget carbone et de stranded assets ont donné jour, au sein de la société civile, principalement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, à une campagne appelant au « disinvestment », autrement dit à l’arrêt des investissements dans les combustibles fossiles.

Pour l’heure, cette campagne de disinvestment n’a su mobiliser qu’à peine 0,1 % des investissements dans les fossiles, soit quelque 50 milliards $, estime Hughes Chenet, directeur scientifique de 2°C Investing Initiative. Or une telle campagne ne saurait avoir d’impact sans atteindre une « masse critique », insiste Hugues Chenet. Y parvenir nécessiterait la refonte du métier de financier, en prenant en compte le fait que l’on « ne fait pas de business sur une planète morte ».

 

deuxième table ronde

D’autres formes d’activisme financier existent et sont plus pérennes. Le principe du « disinvest/invest » encourage la réorientation des flux financiers vers l’économie verte, a rappelé Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice générale de Novethic.

De nouveaux produits financiers font leur apparition. Frédéric Samama, directeur adjoint de la clientèle Institutionnels/Entités Souveraines à Amundi, leader européen de la gestion d’actifs, affirme que le discours « sociétal » sur le climat s’est transformé en un discours « économique » s’articulant autour de la question du risque. M. Samama a participé à la création d’un indice boursier « bas carbone » préservé du risque des « stranded assets », en partenariat avec le fonds de pension suédois AP4, le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) français et la société de services financiers MSCI : le MSCI Global Low Carbon Leaders Indexes.

Toutefois, selon l’eurodéputé Vert Pascal Durand, « seule la société civile est en capacité de faire comprendre à la classe dirigeante la vision d’intérêt général de long terme. Le financier n’a pas vocation à porter l’intérêt général ». Selon Pascal Durand, c’est à la force publique, poussée par la société civile, d’imposer des contraintes au secteur financier.

Autant anticiper et désinvestir maintenant pour en tirer profit demain – et davantage encore après-demain.

 

Pour en savoir plus:

Novethic : "Les investisseurs mobilisés sur le changement climatique"

Mats Andersson, Patrick Bolton et Frédéric Samama : "Hedging Climate Risk"

Novethic : "Financement verts: quelles contributions des banques et assurances européennes?"